Des Epicuriens

LES CARNETS D’ANDRE HENRI EVOQUENT SYSTEMATIQUEMENT BOISSONS ET REPAS.

Au bistrot: Bellanger, Boinet, Dagnac et Labouige

1° « NOUS PRENONS L’APERITIF », « NOUS  NOUS APERITIVONS » SONT DES EXPRESSIONS QUOTIDIENNES ET MEME MULTI QUOTIDIENNES !!!

-L’ABSINTHE est prise 33 fois : « Quelle absinthe nous buvons, mes Seigneurs ! », « J’absorbe avec béatitude une excellente absinthe, Christi que c’est bon ! ».

Mais 61% de ces allusions correspondent aux années 1889-1897. Elles n’apparaissent plus ensuite que de façon épisodique dans les années qui suivent. Le 4 Août 1908, notre auteur prend « pour la première fois depuis 20 mois » cet apéritif …

Surnommée la « fée bleue » ou la « fée verte », la période de 1880 à 1914 a vu l’explosion de sa production : 700.000 litres en 1874, 36 MILLIONS DE LITRES en 1910, et son prix s’est effondré …

Elle fut accusée de provoquer de graves intoxications par le méthanol qu’elle contient (Emile ZOLA en 1877 dans «  l’Assommoir »), elle a probablement provoqué la folie dont celle d’artistes (VAN GOGH, TOULOUSE-LAUTREC …). Dès 1875, les Ligues Antialcooliques (groupées autour de Louis PASTEUR et de Claude BERNARD), les Syndicats, l’Eglise catholique, les médecins hygiénistes, la presse …) se mobilisent contre « l’absinthe qui rend fou ». E n 1906, la Ligue nationale française antialcoolique recueille 400.000 signatures dans une pétition. En 1907, une vaste manifestation a lieu à Paris rassemblant les Ligues antialcooliques ET les Viticulteurs avec pour mot d’ordre : « Tous pour le vin, contre l’absinthe ». En 1908, le groupe antialcoolique constitué au Sénat veut faire voter l’interdiction de l’absinthe En France, l’interdiction de l’absinthe est prononcée le 16 Mars 1915. Dès 1907, Jules Félix PERNOD se reconvertit dans la marque « ANIS PERNOD ». En 2011, l’absinthe est de nouveau autorisée comme (spiritueux aromatisé à la plante d’absinthe » avec un taux de méthanol (fenchone, pinocamphone) à ne pas dépasser. ANDRE Henri et ses amis ont-ils été sensibles aux campagnes de santé publique pour finir par délaisser cet apéritif « populo » et mortifère au profit d’autres, dont le PERNOD ?

-Le PERNOD n’intervient que 13 FOIS. La 1° mention date du 14 Août 1896, mais 61% des citations concernent seulement la période 1896-1898. Le reste se partage entre les années 1900 et 1906. Nos amis sont heureux de « se doucher l’œsophage avec un Pernod exquis », de dénicher « un vieux fond de Pernod pour Auguste et Gondolo », de « trouver une bouteille de Pernod à la quelle nous donnons un solide assaut » et ANDRE Henri s’extasie d’en avoir trouvé dans « toutes les régions traversées, en Belgique, en Allemagne, dans les plus petits trous jusqu’au lac de Gaube au milieu des neiges éternelles. Après tout faut-il s’en plaindre ? » ;

-Le VERMOUTH est un léger concurrent au Pernod : il est cité 16 fois durant ces 20 années.

-Par contre LA BIERE. Pendant son Service Militaire Obligatoire de 1890 à 1893, notre soldat est désespéré de ne pas trouver de vin et d’être réduit à boire de « la bière plate qui alourdit le cerveau et les jambes ». Mais il fait de mauvaise fortune bon cœur, et se met à la bière !!! Et notre équipe de cyclistes l’engloutit 75 FOIS !!! sous le nom de « chopes », de « pintes », de bocks », de « canettes », de « verres », de « bouteilles », de « pots d’étain » (Allemagne), de « demis » ou « d’ale » (Guernesey). C’est LA boisson la plus courante d’ANDRE Henri et de sa bande d’amis (à l’exception du « famélique » Rehu). Cependant les années 1896, 1897, 1904, 1905 et 1907 paraissent « sèches » : c’est que d’autres boissons remplacent ces apéritifs ;

-Le VIN est une boisson appréciée et pas seulement au repas !!! Le VIN BLANC est favori « Et quel vin ! Un petit vin clair, parfumé, sentant la pierre à fusil, savoureux ainsi qu’un baiser de vierge ! Il faisait chaud, et assoiffés par l’étape nous buvions comme des trous sans nous apercevoir que nous nous grisions, tant et si bien qu’après le café et la goutte de vieux marc, nous éprouvâmes de sérieuses difficultés pour nous remettre en route étant abominablement ivres ». Nous comptons 38 mentions de verres, de bouteilles achetées ou emportées de la maison (31 mentions), de fioles (3), dont du Montbazillac (chez NICOL au départ de La TURBALLE, de champagne pour l’anniversaire d’Andréle 14 Juillet pour seulement un litre de vin rouge Bordeaux rouges, 1 Bourgueil et 1 Moulin à Vent, 4 vins gris, 1 rosé et 14 mentions de « vin » sans précision soit 60 MENTIONS DE VIN !!!

D’AUTRES BREUVAGES sont cités. Le thé « excellente boisson » apparaît le 13 Juin 1893 et est cité 16 fois, le cidre 15 fois en bolées ou en litres (surtout en Normandie et en Bretagne), le rhum 7 fois, le lait 8 fois, la limonade 10 fois et une fois la grenadine au kirch, le bitter, le Picon, le Noilly Prat, le Calvados, le Birrh, la menthe à l’eau, le Scotch, le Cointreau et le vieux Marc. L’eau de mélisse, l’eau de Seltz, l’eau de Vichy vient calmer les « maux de tête » dus aux excès de boissons alcoolisées !

Cette « soif » est à mettre en relation avec la convivialité de nos cyclistes, mais aussi à la météorologie (pluie, orages, froid, vent) qui fait entrer dans un café, un bar (dans le Midi), un estaminet ou un « caboulot ».

2° LES REPAS  DU DEJEUNER ET DU DINER SONT D’AUTRES MOMENTS DE CONVIVIALITE.

LES PETITS DEJEUNERS

1893: menu « casse-croute » type.

Henri et ses amis, à l’exception de GONDOLO toujours en retard aux rendez vous, se lèvent tôt, entre 4 H et 7 H en moyenne, avec deux records : 2 H 45 le 11 Août 1895 et 1 H05 ( !) le 4 Août 1895. Le petit déjeuner n’est pas leur fort (33 mentions en 20 ans !) et très souvent les kilomètres avalés provoquent des « fringales.

-Avant de partir, le LAIT en tasse, en bol, en verre compte 9 fois. En 1899, Julius fonde « la Société anonyme des Boissons Hygiéniques » devenant en 1902 la « Société laitière MAGGI ». Il distribue dans ses magasins, en particulier à Paris (850 en 1912), 21.000 Litres de lait en 1903 et plus d’un Million de litres de lait en 1912. Ces magasins seront attaqués à Paris en Août 1914 car selon la rumeur c’est une société allemande qui « vend du lait empoisonné », ce qui est faux. C’est sans doute dans un de ces magasins qu’Henri s’approvisionne en lait frais. Celui-ci peut être additionné de café (19 Avril 1897, 29 Juin 1899, 2 Août 1902, 5 Août 1902, 29 Juin 1903) ou de chocolat (10 Juillet 1897, 31 Mai 1909), tandis que le thé apparaît 4 fois. Le « solide » privilégie les « viandes froides (« tranche de jambon exquis, 30 Mai 1894, 10 Juin 1899 ; « un jambonneau », 15 Avril 1906 ; quelques tranches de bœuf froid, 14 Avril 1895 ; « une tranche de veau froid », 8 Juin 1895 ; ce sont ensuite « les œufs : des »œufs dans le bouillon, 18 Juillet 1893, 12 Mai 1895, 8 Juin 1895, 21 Août 1899. Des œufs durs, 5 Août 1902, 9Août 1905 et deux »œufs à la coque », 14 Mai 1910. Une seule fois, « deux sandwichs » sont signalés, 14 Août 1909. Par ailleurs notre auteur note « plusieurs verres de vin blanc gommé à l’eau de Seltz pour combattre une vive gueule de bois (19 Avril 1897) et la prise d’un « Antipyrine[1] et d’un apéritif pour dissiper un terrible mal aux cheveux », (7 Juin 1899)…

-D’où des «FRINGALES » et des arrêts fréquents le matin avec les kilomètres parcourus. Nos amis passent leurs arrêts à « FROMAGER » : 41 fois ce mot divin de fromage est mentionné ! C’est « un excellent Brie » (6 Juin 1908), une « notable partie de Pont l’Evêque » (10 Juillet 1910), qualifié de « délicieux (10 Avril 1903) ; ce fromage est accompagné de « pain » (22 mentions), de beurre « exquis (6 fois, qualifié « d’exquis » (26 Juillet 1910), de « brioches et autres goinfreries » (croissants, pains au chocolat 5fois, de « gaufres (une fois). La charcuterie fait partie des festins : « Nous saucissonnons » : saucissons, rillettes, langue de bœuf, « tranches…quelques décimètres de saucissons, ou une demi livre bien tassée de saucisses. Exquises ces saucisses ! » (3 Juillet 1903), « de l’andouille salée, du lard » tandis que les œufs (frais, sur le plat, à la coque) sont cités 21 fois. Restent les bonbons « exquis mais salés : 8 sous », les biscuits (8 fois), les « petites fraises délicieuses, les cerises (22 Mai 1895 et 23 Juin 1901) les framboises « exquises mais salées 2 F », les sardines et enfin les sandwichs (10 Juillet 1897, 20 Mai 1899, 21 Août 1901) et 3 Juin 1905). Nous sommes des « ogres », «  nous dévorons », « nous engloutissons rageusement » affirme ANDRE Henri .

[1] Créé en 1883, ou phénazone par LUDWIG KNORR, qui est un analgésique, détrôné par l’Aspirine de BAYER à partir de sa mise au point en 1899.

Les DEJEUNERS

Ils sont pris 45 fois dans des HOTELS dont 2 seulement figurent dans l’Annuaire du TCF.

A Etampes, l’Hôtel du Bois de Vincennes (18 Juin 1893) ;  l’Hôtel du Sauvage à Rozoi (25 Juin 1893) ; l’Hôtel de l’Epée à la Ferté sous Jouarre (16 Juillet 1893) ; l’Hôtel de la Gare Dieu et l’Hôtel du Grand Cerf à Conflans (31 Décembre 1893) ; l’Hôtel du Grand CERF à HENDAYE ( 28 Mai 1894) comme le 30 Mai 1894 indiqué par le TCF ; l’Hôtel Bellevue au Petit Andelys indiqué par le TCF (9 Juin 1894) ; l’Hôtel du Cheval Blanc à Melun (6 Avril 1896) ; l’Hôtel de Saint Rémy à Dampierre (9 Août 1896) ; l’ Hôtel de la Boule d’Or à Orléans indiqué par l’Annuaire du TCF (15 Août 1896) ; l’Hôtel de la Paix à Saumur (17 Août 1896) ; l’Hôtel des Voyageurs à Ancenis (18 Août 1896 ; l’Hôtel du Grand Cerf à Saint Ouen l’Aumône (6 Juin 1897) ; un Hôtel en Avignon (2 Juillet 1897) ; l’Hôtel des Négociants à Fréjus (7 Juillet 1897) ; un Hôtel près de Toulon (10 Juillet 1897) ; l’Hôtel de l’Escargot à Joigny (10 Avril 1898) ; l’Hôtel de l’Assurance à Brienon (11 Avril 1898) ; un Hôtel de Longemer (20 Août 1898) ; l’Hôtel de France à Vannes (8 Juin 1900) ; l’Hôtel de France à Evreux (8 Juin 1900) ; un Hôtel à Jersey (12 Juin 1900) ; un Hôtel du Mont Saint Michel (15 Juin 1900) ; un Hôtel à Machecoul (30 Juin 1900) ; l’Hôtel de France à Pornic (1° Juillet 1900) ; l’Hôtel Beau Rivage à Sévrier (2 Août 1902) ; un Hôtel à la Mure (4 Août 1902) ; l’Hôtel du Mont Blanc à Chamonix (13 Août 1902) ; l’Hôtel de Moutiers (12 Août 1902) ; un Hôtel à Dôle (16 Août 1902) ; l’Hôtel de Sainte Colombe (13 Avril 1903) ; l’Hôtel de la Gare à Forges les Bains (5 Juin 1904) ; l’Hôtel du Rivage à Limours (5 Juillet 1904) ; l’Hôtel du Grand Saint Michel à Chambord (2 Avril 1905) ; un Hôtel alpin (9 Août 1905) ; l’Hôtel des Trois Marchands à Saint Fiacre (14 Juillet 1905) ; l’Hôtel de la Gerbe de Blé à Blain (15 Juillet 1906) ; l’Hôtel du Grand Cerf à Blain (15 Juillet 1906) ; l’Hôtel du Grand Cerf aux Clayes (9 Mai 1907) ; l’Hôtel du « machin [ !] d’Or à Amboise (8 Août 1907) ; l’Hôtel Ballementeur de Lacelle (4 Août 908) ; l’Hôtel de la Promenade au Blanc (6 Août 1908) ; l’Hôtel de la Terrasse à Bagnoles (15 Juillet 1909) ; l’Hôtel de Moret (28 Mars 1910) ; l’Hôtel Lecadre (26 Juillet 1910).

Il n’est pas ici question de détailler le cadre, les plats, les boissons et le service de chaque expérience. Retenons simplement que les avis sont très élogieux pour 20 hôtels, 10 sont classés assez bien et 8 sont notés « horribles », « écœurants » ou « trop chers », les autres ne sont pas évoqués.

Les déjeuners sont pris en majorité, 91 fois, dans des RESTAURANTS, brasseries, CAFES, bistros, « caboulots » : 4 fois en 1893, 9 en 1895, 11 en 1897, 10 en 1900, 6 en 901, 7 en 1902, 11 en 1903, 11 en 1904, 6 en 1906, 8 en 1909 et 2 en 1910. Sont considérés comme très satisfaisants 65 d’entre eux (les 2/3),  18 assez satisfaisants et 10 trop chers, « à viande racornie comme des godillots d’Alpin », à service trop lent.

Par deux fois, ils préparent eux-mêmes leur repas chez … des PAYSANS !

22 Juillet 1893=

« J’arrive à Reffroy vers midi. Il y a deux auberges. Dans l’une comme dans l’autre on me refuse à déjeuner. Je suis très perplexe car j’ai très faim et dans les autres villages distants de 3 à 4 Kilomètres, il est probable que je rencontrerai même insuccès.

Je ne savais donc que faire, lorsque j’accoste un paysan auquel je raconte mon infortune. Il s’indigne du peu de complaisance des soit disant aubergistes et me propose de me faire faire une omelette par sa mère. Nous allons ensemble chez elle, une vieille brave femme toute heureuse de rendre service et elle me confectionne une omelette au lard gigantesque flanquée d’une salade énorme. J’engloutis le tout avec quelques bouteilles de vin de pays exquis.

Pendant que je mange, l’obligeant paysan revient avec un de ses amis. Nous buvons ensemble, puis le café dégusté, ce dernier nous emmène chez lui et nous voilà goûtant les vins de l’endroit de différentes années, si bien que lorsque je repars à 3 H ¼ mon équilibre devenait fort aléatoire. »

30 Mai 1899= A ROSCOFF :

« Il nous mène à un bistro dont l’apparence misérable nous fait reculer. Nous lui demandons s’il n’y a pas autre chose et à l’autre bout du village il nous en présente un second encore plus ignoble. Il n’y a que cela et il faut nous en contenter. Je demande au Guide ce qu’il veut boire car le malheureux est en nage. Il engloutit un énorme verre de goutte sans sourciller. La femme qui est là ne sait pas un mot de français et notre guide doit nous servir d’interprète. Il n’y a pas de poisson, pas de viande, pas de légumes, juste des œufs, du lard et des sardines à l’huile. Nous lui faisons dire de nous faire une omelette. Connais pas ! enfin à la guerre comme à la guerre : nous ferons notre omelette nous-mêmes. Nous examinons le lard, il est cru. Cà va bien, nous pourrons déjeuner.

Mais l’heure s’avance et nous regagnons notre somptueux « restaurant » … N’essayant même pas de nous faire comprendre de notre hôtesse, nous nous servons nous-mêmes ; je prépare l’absinthe, casse les œufs, pendant que Jeanne nettoie une sorte de plat – il n’y a pas de poêle – . Pendant notre absence, on a fait cuire le lard ! Quelle guigne ! Enfin cela marchera. Frédi met le couvert et la femme nous regarde ahurie. J’allume le feu et ne trouve comme combustible que des ajoncs et de la bouse de vache desséchée. J’ai remarqué en effet des champs d’ajoncs et des bouses de vaches, semblables à des pains de munitions, séchant sur le fait des murs. Enfin, tant bien que mal, nous déjeunons. Heureusement le vin, comme d’ailleurs en Bretagne, est bon. Notre repas fini, nous passons dans une chambre voisine où la femme prépare le déjeuner. Dans une jatte en terre se trouve une sorte de pâte d’un gris suspect. Une petite fille en met une grande cuillère dans un plat de fonte préalablement frotté avec une couenne de lard et en fait une sorte de crêpe énorme qu’elle coupe en quatre pour pouvoir la retourner. Je goûte de cela et manque de rendre l’âme et mon omelette. C’est pâteux, fade, horrible. Avec ces crêpes de sarrasin, elles mangent un pain gluant et noir, mais deux fois plus noir que du pain d’épices, sur lequel elles étendent un peu de beurre salée. Voila leur seule nourriture ! C’est inouï et j’en emporte un échantillon. Cependant des cris partant d’une pièce attenante à celle où nous nous trouvons nous arrachent à cette étude de mœurs. Nous entrons et voyons une énorme truie et huit petits cochons qui la sucent de toute part. »

Un repas chez Bournouveau

7 fois, ils  prennent leur déjeuner chez des AMIS : le 11 Juillet 1899 chez Bournouveau : «Nous déjeunons chez Bournouveau et faisons un sort à certaine tête de veau et à son Bordeaux. Une rafle de fraises dans son jardin complète le dessert », chez « le Capitaine » le 9 Septembre 1907 « Nous déjeunons chez le Capitaine, à Castel Marin et cette cordiale réunion se prolonge jusqu’à 3 H. Il fait une chaleur effrayante et le reste de l’après midi se passe à chercher la fraicheur sur les bancs de la place », de nouveau chez le Père Naud le 12 Septembre 1908 (« Déjeuner parfait, grâce à Naud qui l’a amené avec sa voiture. »,chez Nicol le 15 Septembre 1907 «Nicol a fait porter tout ce qu’il faut pour la confection d’une soupe aux poissons & d’une godaille qu’il se met en devoir de préparer. Pendant ce temps le Capitaine, Melle Lebeau, Boinet prennent à compte en confectionnant avec des pommes de terre et du lait caillé une ignoble mixture aigrelette que je ne puis avaler & qu’ils engouffrent avidement. »,  à La Turballe (24 Mai 1908), le 12 Septembre 1909, le 3 Avril 1910 « à Verrières nous allons dénicher Lefrancq chez lui & le décidons à venir déjeuner avec nous chez Beaulard le 3 Avril 1910. Une visite chez celui-ci nous fait constater l’absence de viande & nous poussons jusqu’à Bievres acheter une forte entrecôte. »), et chez Mme Gondolo le 12 Juillet 1910 (« J’ai une faim de tigre et Madame Gondolo a eu la délicatesse de préparer des mets qu’elle sait de mon goût. Aussi les tripes venues de Caen même, le boudin de campagne, le canard et le bœuf à la mode les pommes frites, tout cela arrosé d’un cidre mousseux disparaît-il comme par enchantement »).

LES DINERS sont cités 83 fois, dont 34 à des tables d’Hôtels dont un seul figurerait dans l’Annuaire du TCF, et 7 sont des restaurants ou des brasseries : la nature des autres n’est pas précisée à l’exception des repas chez les amis de LA TURBALLE. Notons que les années allant de 1889 à 1892 ne présentent aucune mention.

DES HOTELS 

 

Juin 1894: Lourdes

«Nous rentrons diner. Repas excellent, servi par la fille de la maison, une petite brune à l’air intelligent. Au dessert apparaît une vieille bouteille à bouchon qui reparait d’ailleurs à chaque repas. Après réflexion nous lui faisons un sort. Nous prenons le café dehors » (3 Juin 1894) ; «LA RIVIERE THIBOUVILLE : Bonne chère à l’hotel de Paris, mais Schaunard est navré de ne pouvoir prendre de chacun des 4 plats inscrits sur le menu. Nous terminons ce dernier repas par une vieille bouteille de Villandrie. Je suis furieux de n’avoir pu manger de cassoulet : cela me rappelle les pieds de cochon de Ste Menehould, mais il faut aller jusqu’à Castelnaudary pour en avoir et je trouve que c’est un peu loin. » (8 Juin 1895) ; « Nous descendons à l’hôtel du Gd Courrier et du Bois de Vincennes… On dine – bien – et avec voracité, et – gavés – nous nous mettons à la recherche d’un café que Gondolo dit connaître. » (14 Août 1896) ; « A 6 H 55 nous entrons dans Angers et mes débuts dans cette ville ne sont pas heureux…Je demande l’hôtel du Pélican, c’est au bout de la ville et cela soulève déjà quelques protestations. Après avoir avalé pas mal de pavés, nous arrivons à cet hôtel dont l’aspect n’a pas l’air des plus cossus. C’est le tour de Gondolo de faire la tête et de protester. Il me faut essuyer des reproches sanglants. Mais sapristi, pouvais-je savoir le luxe de cet hôtel ? L’annuaire ne porte que celui là et un autre dont les prix sont très exagérés. Qu’il est difficile de contenter tout le monde. Les chambres ne sont pas en effet très luxueuses, de même que la salle à manger dans laquelle flotte une vague odeur d’écurie. Cependant nous ne dinons pas mal. » (17 Août 1896) ; « NANTES : L’hôtesse nous dit donc qu’il n’y a plus qu’à aller à l’Hôtel de France où nous trouvons, ajoute-t-elle, surement de la place. Reprenant nos machines, nous voila repartis jusqu’à la place du théâtre où sévit le dit hôtel. Nos machines en lieu sur, ne prenant même pas la peine de nous laver les mains tellement il fait faim, nous demandons la salle à manger. Nous voila installés dans un salon luxueux où un garçon nous présente une carte. Nous prenons : un potage, une omelette, une tranche de jambon, du poulet, de la salade, une pêche. A la fin du repas, sans que je ne l’ai demandée, le garçon apporte l’addition : 31 F 60 ! L’omelette est tarifée 4 F, le poulet 7, la salade 2, la pèche 3 F 75 – quinze sous pièce, en cette saison ! Je proteste, ne paye pas et vais trouver l’hôtesse au bureau, mais toutes mes observations, celles de Boinet sont inutiles. Le prix de la table d’hôte est de 4 F mais nous sommes arrivés trop tard. N’est-ce pas enrageant ? » (18 Août 1896); « TARASCON : Nous allons diner au grand hôtel de la Poste où nous trouvons bonne chère et hôtes aimables. » (4 Juillet 1897) ; « MARSEILLE : Nous décidons de ne pas diner à l’Hôtel mais d’aller au Grill Room, un restaurant que Léo connait. Pendant que Léo et Frédi se gavent de beefsteaks aux pommes, je me délecte d’une soupe aux poissons & d’une bouillabaisse exquise & copieuse. Elle est bien entendu assaisonnée de safran et je m’aperçois que j’aime beaucoup cela. Après le café, nous allons faire un tour sur le port. » (5 Juillet 1897) ; « Nous avons faim & soif, ce demi bain nous a délicieusement reposés et rafraichis, nos regards, au lieu de s’exaspérer sur des gueules d’anglais plus ou moins ignobles, jouissent de ce superbe panorama s’engouffrant peu à peu dans la nuit, vrai, nous sommes heureux ! L’omelette à l’huile ou au beurre ? demande l’hôte. Puis c’est le lapin, exquis, dont nous ne laissons que de vagues vestiges » (7 Juillet 1897) ; « BORDIGHERA (Italie) : Nous dinons – pas mal ma foi – vidons quelques uns de ces jolis fiascos recouvertes de paille qui ici remplacent nos litrons, puis après un café et un bock, gagnons nos chambres » (9 Juillet 1897); « Nous demandons la salle à manger. Notre peu aimable hôtelière nous indique une chambre très sombre que deux lumignons éclairent difficilement…. Dans notre joie, nous offrons un verre au patron, un brave homme qui nous promet de nous faire gouter ce soir du marc 1893… Vers 7 H ½ nous revenons à l’hôtel. Le diner est parfait et nous l’arrosons de deux vieilles bouteilles. Nous retournons ensuite prendre le café où nous avons pris l’absinthe. Mon estomac commence à protester et je ne puis apprécier comme il convient le fameux marc 1893. » (10 Avril 1898) ; « Après un tour dans la ville, nous revenons au café, puis allons ensuite diner. Menu exquis – de bécassines – mais hélas, mon estomac, absolument détraqué, se refuse à l’apprécier et c’est à peine si je peux finir mon verre d’excellent vin St [Epineul]. Avec cela j’ai mal à la tête et je dois me payer de [l’antipyrine] et des pastilles de Vichy. Guigne ! Nous restons au café jusqu’à 10 H ½ puis nous mettons à la recherche de la gare. » (11 Avril 1898) ; « BRAS : Nous dinons au Coq Hardi ; menu toujours très bon. Comme je regrette de n’y pas voir d’écrevisses, le garçon m’en apporte aimablement. » (3 Juillet 1898) ; « NANCY : A côté de nous, deux consommateurs se font servir des plats fort appétissants. Nous demandons à la gente servante qui nous sort ce que c’est, mais elle ne parle pas un mot de français et ne peut que nous apporter une carte libellée en allemand ce qui ne nous en apprend pas davantage. C’est extrêmement curieux que des plats d’aspect si succulent, possèdent des noms aussi rébarbatifs. Enfin le patron lui-même vient nous trouver et nous traduit le menu. Le plat merveilleux n’est autre qu’un perdreau à la choucroute. Nous en demandons un avec deux nouveaux halps. Hélas la barre [souligné] sévit toujours et nous ne pouvons enlever cet estimable volatile comme il l’eut mérité. C’est désolant. » (28 Aout 1898) ; «  Nous dinons égayé par certain convive aux gestes brusques et bizarres. Au dessert, on nous donne du fromage desséché, sorte de fromage à la crème. » (30 Mai 1899) ; « JERSEY : Le diner est servi ; je mange seul servi par une petite bonne aux cheveux filasse parfaitement tirés qui à chaque plat – et ils sont nombreux – me dit sans omettre une syllabe : Quand Monsieur aura fini, il voudra bien sonner. Pas une fois elle n’y manque et comme j’essaie de la soulager en l’arrêtant dès les premiers mots, elle attend tranquillement que j’ai fini et continue ensuite. Comme je lui demande si le Chester est bon, elle me répond tout naturellement qu’elle n’en sait rien. O Candeur ! Je demande à prendre le café dehors et on m’installe une table sur un balcon » (8 Juin 1900) ; «SAINT HELIER : Je dine – homard, rhubarbe, pudding au riz & pintes – et pendant que je prends mon café dehors… » (10 Juin 1900) ;

15 Juin 1900; La mère Poulard

« J’avoue cependant qu’ils sont plus pratiques. La carte n’annonce pas la fameuse omelette qui n’est servie qu’à déjeuner, mais un anglais placé à mes côtés en réclame et Madame Poulard m’en offre par la même occasion. Elle est exquise ! Cette hôtesse est charmante. Elle-même, elle insiste à certains plats d’une façon toute gracieuse. Cependant l’heure s’avance et il me faut partir. A la cuisine où je vais payer, Madame Poulard veut à tout de force que je goute un excellent gateau de sa fabrication.  Me voila parti. » (15 Juin 1900) ; « A diner, beaucoup et énormément de plats. C’est fort bon et malgré cela des voisins ne cessent pas de se plaindre. Quels idiots que ces provinciaux. » (21 Juin 1900) 😉 ; « THOUARS : Je rentre diner. Table d’hôte assez remuante avec commis voyageurs drôles…Menu excellent, bonne cuisine. » (23 Juin 1901) ; « C’est un vrai enchantement, un décor d’opéra comique. Arrivés à la mer nous nous arrêtons dans un café hôtel et nous y désaltérons. Je demande ensuite les prix et comme ils sont très normaux nous décidons de rester dans ce séjour délectable… Revenus à l’hôtel nous dinons dans une sorte de hangar devant la mer. C’est charmant. Cèpes à la bordelaise qui me rappellent le midi. En fait cette région a beaucoup de l’Esterel. » (29 Juin 1901); « CHAMONIX : O l’odieux repas de cette table d’hôte, assailli d’une nuée de larbins en habit, aux figures pouponnes, aux moustaches en croc, suisses ou allemands ! Et tous ces convives parmi lesquels on est parfois surpris de reconnaître un français ! Cela coûte 5 F sans le vin ! Vive le petit hôtel confortable et joyeux où l’on peut mettre ses coudes sur la table et où on parle un langage peu correct parfois, mais français. Je paie, essaie de fumer une pipe dehors mais, gelé, je rentre me coucher. Jamais je n’ai été si mal logé ! » (13 Août 1902) ; « Après un maussade diner – seul à une immense table d’hôte – un peu égayé cependant par de charmantes écrevisses et une accorte servante » (15 Août 1902); « Diner excellent, recherché même que nous engloutissons Ribles & moi devant les yeux effarés d’Auguste qui se demande où nous cachons tout cela. Et je ne puis m’empêcher, en partant, de féliciter notre hôte de la bonne chère qu’il nous donne. » (12 Avril 1903) ; « J’entreprends ensuite l’ascension de la ville pour dénicher l’Hôtel Bozellec, où je descendis il y a 3 ans et qui se trouve tout en haut, près de la gare. On y dine fort bien et la table d’hôte est très garnie. » (30 Mai 1903) ; « HUELGOAT : A table, chère exquise. Il y a certains œufs à la crème et surtout des artichauts à la provençale sans doute frits et assaisonnés d’ail, qui sont des merveilles. Le poulet même, habituellement sec et racorni, est moelleux et cuit à souhait. » (30 Juin 1903) ; «A l’hôtel, la patronne nous déclare tout d’abord qu’elle n’a rien à nous donner, mais en insistant nous obtenons la confection d’une raisonnable omelette qui forme le plat de résistance du repas. Elle est exquise et nous en félicitons l’hôtesse. » (2 Juillet 1903) ; « Tout ceci nous a doucement mené à 8 H et nous dinons – mal. Certain poulet surtout, par sa dureté, eut pu être avantageusement employé dans la confection du petit appareil qui sert d’assise au Château. Sa mastication nous demande du temps et il est plus de 9 H ½ quand nous gagnons nos chambres, d’un luxe & d’un confort plutôt sommaires. » (4 Juin 1904) ; « BLOIS : Alors, c’est une course folle ; j’ai mis ma montre sur la table et le garçon stylé apporte sans interruption les nombreux plats. Les dames rient tellement qu’elles ne peuvent manger mais Frédi et moi faisons honneur au repas, excellent d’ailleurs. Du haut de leur comptoir, les caissières nous regardent effarées, semblent se demander où passe tout ce que nous ingurgitons . » (2 Avril 1905) ; « L’hôte m’appelle pour diner. Le gigot est exquis, avec un petit goût de fumée qui n’a rien de désagréable. Quant à l’omelette aux confitures, j’avoue conserver ma prédilection pour celle aux fines herbes. » (13 Août 1905) ; « Je dine seul – assez mal – c’est vendredi et ici le maigre est respecté – et après un coup d’œil à la Sèvres dont le murmure me berce, je bois une canette et vais me coucher.  » ( 12 juillet 1906)».

DES RESTAURANTS OU DES BRASSERIES

« La brasserie de Lorraine nous gave de viande froide, d’écrevisses & de bière puis nous prend quelques bocks dans un autre café et regagnons la gare. » (29 Août 1898) ; «nous revenons à Villers Cotterets. La nuit nous surprend et la route est justement en réparation. Dans Villers, nous nous trompons d’abord mais dénichons enfin le restaurant de la gare où nous dinons. » (2 Octobre 1898) ; « RENNES : Je vais attendre l’heure du train dans un café à orchestre en compagnie de petits jeunes gens absorbant du lait chaud! Oh! Cette vie de province, j’en ai déjà plein le dos » (22 Juin 1900) ; « Puis je me dirige vers l’hôtel des 3 Marchands, dépose ma bicyclette et vais prendre l’apéritif Place Royale. Je dine à la Brasserie Moderne et vais prendre ensuite un demi Place [Graslin ?] toute illuminée. A 11 H au lit. » (14 Juillet 1906) ;

La Turballe: Un repas dans un bistrot local

L’habitude est prise des rendez-vous à LA TURBALLE qui donnent des diners joyeux, arrosés et qui se prolongent tard = « je vais devant commander à diner dans un restaurant voisin… . Diner en compagnie de pécheurs » (25 Août 1907) ; « A 8 H ½ diner non moins sardanapalesque qui nous mène jusqu’à minuit. Le capitaine est là, arrivé depuis quelques jours, la […] haut, rajeuni, mais dormant comme devant au dessert et la fête est naturellement pleine de gaieté. » (1° Septembre 1907) ; « Puis ce sont des chants du pays, d’autres rondes et il est 3 H ½ quand on s’avère d’accompagner Mr Naud avec des lampions. Et bientôt l’assemblée crible de points rouges la nuit noire & se dirige vers Brogard en chantant. Nous rencontrons de nombreux pêcheurs qui se rendent à leur bateau et arrivons à la maison de Mr Naud qui est naturellement saluée du chant « Salut demeure chaste et pure ». Lui rentré, nous retournons chez Nicol et la fête se termine dans des flots de Montbazillac. » (11 Septembre 1907). D’autres ébats distraient les diners : « Vers 7 H, enfin, Madame Geoffroy et ses deux filles nous reçoivent avec une affabilité exquise et le repas relevé par la plus franche gaieté et certain petit vin de Jurançon, est charmant… Est-ce l’air de Pau ou le Jurançon, ou ma mémoire qui me fait défaut, mais je n’ai conservé de cette soirée qu’un assez confus souvenir. Je me dépêche de dire que je n’ai pas été le seul à éprouver cette bizarre sensation. Nous quittons Mesdames Geoffroy vers 11 H, allons prendre un bock au grand café et revenons nous coucher après avoir pris rendez-vous pour 10 H le lendemain avec Perfort qui nous invite à déjeuner. Il est près de 3 H du matin. » (1° Juin 1894).

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